Le protagoniste de Petits travaux pour un palais se présente comme un bibliothécaire de la bibliothèque publique de New York. Dès ses premiers mots, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une histoire hors du commun. Ce bibliothécaire a, en effet, un projet très personnel et précis qui découle de sa situation professionnelle. Il imagine qu’on pourrait fermer sa bibliothèque. Définitivement ! Pour ne pas déranger les livres. Pas question de les prêter aux usagers. Les livres seraient non lus, car pour leur bien, ils resteraient à leur place, soigneusement rangés, créant « un Paradis du Savoir », intact ! Rêve déconcertant, hallucinant, d’un certain Herman Melvil. Or, ce bibliothécaire « gris ou brun », comme il se décrit, selon la couleur du costume qu’il porte, n’a aucun lien de parenté avec l'auteur du « Moby Dick » à part l’homonymie (sans « e » final). Mais il est « enquiquiné toute sa vie avec ça ». Tiraillé entre la gloire factice d'un écrivain de renommée mondiale et la vie triviale d'un employé comme lui-même, il cherche à trouver sa propre voix dans ce monde… À Manhattan.
Par ce roman hilarant, en forme de récit soliloque tenu en une seule phrase sur plus que cent pages, Laszlo Krasznahorkai développe une réflexion pénétrante sur notre modernité, l’art et l’acte de création en particulier. Comme rien ne le freine, car, comme il en avertit le lecteur dans la devise du livre, la réalité n’est pas un obstacle, l'écrivain hongrois et lauréat du prix Nobel de littérature 2025, pousse à l’extrême des frontières de l’absurde en nous faisant bien rire.
