Lou, une petite fille de sept ou huit ans, vit dans un cirque, avec son papa jongleur, et sa maman trapéziste. Elle trimballe partout avec elle un sac contenant un « petit trésor », que personne n’a le droit de toucher ni même de regarder. Un jour, son oncle, « Tonton Magie » lui propose de lui offrir un chien, si elle lui montre son « trésor ».
L’illustratrice Sibylle Delacroix, illustre l’irruption, dans un monde de cirque enchanté, tout en couleurs claires et pastel, de l’horreur de l’inceste, associée au rouge et à l’orange du crépuscule. Un plan en vue subjective raconte l’acte de violence sexuelle, sans montrer aucune image choquante, et en évoquant les mécanismes de sidération et de dissociation, qui a posteriori peuvent faire croire – à tort – à la victime qu’elle a consenti.
Le « petit trésor » que Lou garde dans son sac renvoie de manière symbolique à l’intimité et plus précisément aux parties sexuelles, permettant une lecture à plusieurs niveaux, en fonction de l’âge de l’enfant : l’adulte qui accompagne la lecture peut expliquer de manière ou moins directe la signification de cette métaphore.
L’autrice nous offre une conclusion rassurante : les parents, furieux contre l’oncle, le punissent (d’une étrange manière rappelant un conte de fées) et l’enfant est protégée et accompagnée dans son processus de guérison, jusqu’à devenir elle-même trapéziste, sur la double page finale.
En 2020, 10% de la population française déclare avoir été victime d’inceste (Sondage « Les Français face à l’inceste », Ipsos, novembre 2020), soit en moyenne 3 enfants dans une classe de CM2 de trente élèves. Il y a urgence à parler d’inceste – aux adultes comme aux enfants – pour prévenir ce crime et protéger les victimes.
